Bonjour à vous qui passez par là. Merci de votre visite. Laissez-moi un petit commentaire, ça fait toujours plaisir.

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17 nov. 2008

Vie de bureau





Le regard vert rigolard et le cheveu hirsute, Michèle arrive dans son éternel jean délavé et t-shirt sans manche. Il est 9 heures 30. Personne n'est monté du rez-de-chaussée voir comment on va ce matin. Tant mieux. Certains regardent leur montre discrètement derrière les rideaux quand on arrive, surtout quand elle arrive.

Bande de flics prétendument sympas-décontractés-pas d'ça-chez-nous !


Elle a eu du mal à se réveiller et La Petite ne voulait pas boire son biberon. Je vais chercher la cafetière et on s'en grille une. Tout le monde est en bas, à faire la cour au directeur. Il faut se montrer à la cérémonie du café à son étage et l'écouter raconter le « meeeiiilleur » film qu'il ait jamais vu, et sa femme-enfant nous vanter les mérites de sa fille qu'on dirait sa sœur tellement elle est mûre et tellement la mère fait jeune.




Nous, on n'aime pas s'extasier sur commande. Une grande tasse de kawa sur le coin du bureau, l'œil rivé à l'écran. Mes paies qui déconnent encore sur les cotisations vieillesse, et elle qui tape à trois-cents à l'heure en regardant par la fenêtre. Il y avait le tireur le plus rapide de l'Ouest, nous on a la dactylo la plus rapide de l'Est parisien.


Elle me raconte la dernière attaque de souris dans l'appartement, que personne ne veut les tuer et qu'est-ce-que-tu-f'rais-toi-Bab ?

Entre deux tableaux, on dresse les souris, on monte une troupe, le matos sera pas cher, trois bouts de bois, c'est pas gros une souris. Je chicane sur leurs noms, mais il paraît qu'il faut absolument au moins Minnie et Mickey sous peine de fâcher gravement La Petite qui s'y connaît.


Tout est réglé, nous avons un agent artistique, on s'apprête à partir en tournée mondiale, on peaufine les termes de nos lettres de démission, tout en continuant à manipuler furieusement la souris (du Macintosh cette fois) et Michèle de jouer une valse de Chopin sur son clavier Azerty.


photo veronikenfrance


Vlan ! La porte s'ouvre. Il paraît qu'on nous entend rigoler depuis le rez-de-chaussée.

Cémoikevla demande pourquoi on n'est pas venues « au café » avec les autres. On a du boulot, nous. Persuadé qu'on préférait ne pas faire remarquer notre retard, il repart dépité de ne pouvoir le prouver, non sans sous-entendre qu'il vaudrait mieux la prochaine fois y être.


Ne pas se pointer à sa quotidienne cérémonie d'allégeance, passe encore, mais rire plus fort que sa cour, là on a déconné !



27 oct. 2008

Petit voyage botanique



A la journée portes ouvertes du lycée d'horticulture et des métiers du paysage, les élèves présentaient fièrement leurs réalisations, vêtus de leurs grands tabliers de jardiniers, et vendaient des plantes aux visiteurs. J'ai ramené quelques pensées qui feront des taches de couleurs sur ma pelouse (petit carré d'herbe serait plus proche de la réalité) et une magnifique misère rouge (oui, je sais, la misère, elle vient bien toute seule, enfin, on me l'a déjà dit).


Depuis le temps que je passais devant cet endroit en me demandant ce que pouvait bien cacher la serre, ma curiosité est satisfaite. J'y ai vu toutes sortes de plantes dont le nom m'échappe totalement, mais toutes étaient admirables.

Elle recèle quelques spécimens intéressants qui donnent une idée de ce à quoi devraient ressembler nos plantes d'appartement, si on ne les avait pas privées de leur milieu naturel : le caoutchouc (ficus elastica) aux belles feuilles vernissées, sous la forme d'un arbre impressionnant, occupe toute la hauteur de la serre, le ficus benjamina, tout fluet sur nos fenêtres de bureaux est, lui aussi, un arbre foisonnant et vigoureux. Quant aux papyrus cyperus, ils prolifèrent dans un fond d'eau et on peut les admirer d'en haut comme au bord d'un oued.









J'y ai passé un bon moment à m'imprégner de cette atmosphère de jungle, en faisant quelques photos maladroites avec mon téléphone portable.

Une belle matinée avec un seul regret : en voiture, j'aurais pu rapporter quelques hortensias (hygrangeas), les miens ayant été décimés lors des travaux d'agrandissement de la maison (sniff ! C'était un cadeau d'anniversaire).




Voilà à quoi ressemble un ficus quand il n'est pas limité par les parois d'une serre. Quelle majesté ! Dommage que notre pays soit trop froid pour qu'il croisse de cette façon impressionnante.





Brasil, photo Isabel




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Lycée d'horticulture de Montreuil

Caoutchouc

Papyrus

13 févr. 2008

Dejunking




Les mots fourre-tout existent dans toutes les langues.
En Anglais, junk a le sens de rebut, saleté, vieillerie dont on doit se débarrasser.
To dejunk serait employé par certains pour désigner l'action de se débarrasser, assainir, au sens propre comme au figuré. J'utilise le conditionnel car je soupçonne que ce mot a été inventé par l'utilisatrice. Qu'importe, il est imagé, il me plaît.

J'admire cette langue qui forme des noms et des verbes de façon très simple en ajoutant -ing ou to. Hop, le tour est joué et on se retrouve en train de faire du dejunking.



To type dejunk sur mon clavier, comme c'est facile ! Mais faire le vide dans ma vie, dans ma maison, dans mes pensées à la noix, c'est bien plus difficile.




Encore une épaule qui ne sera pas cassée en enfonçant cette porte ouverte ! Peut-être, mais le dos et la tête, eux, seront fourbus lorsque je serais parvenue à faire ce ménage salutaire.


Par où commencer ? Une bonne question pour tergiverser encore un peu sans agir.

Le plus simple est de commencer par tout ce qui est matériel. Moins de questions existentielles, moins de barrières aussi. On prend, on jette, on passe l'éponge et l'eau de javel.
Certains héros font ça tous les jours. Je les admire, je leur décerne une médaille en chocolat et je les supplie de m'expliquer où ils trouvent la force de s'y atteler.


Pour moi, c'est comme si on me demandait de devenir Hercule, fièrement campé sur ses jambes musclées, un pied en Afrique et l'autre en Europe, détournant les fleuves Alphée et Pénée afin de purifier les écuries d'Augias. Mais voilà, je n'ai pas revêtu la dépouille du lion, pour endosser sa force et son courage.


Il y a beaucoup d'Hercule et Herculine, pleins du sens du devoir qui oeuvrent quotidiennement dans l'humilité et la satisfaction du devoir accompli.

Pourquoi pas moi ? Où donc se situe ma satisfaction dans la vie ? Prendre un dictionnaire pour me pénétrer du sens des mots devoir et accomplissement. Cela me donnerait sans doute des idées pour remplir des pages de cahier et de blog, mais pas pour commencer à travailler.



Allez, gagnons encore un peu de temps avec un petit coup de fil à ma copine et saisissons le taureau par les cornes : aération, aspirateur. S'il me reste des forces, repassage.


Autosuggestion : je retirerai au moins deux satisfactions de cette journée, une maison plus agréable et l'insomnie chassée... Si je ne me laisse pas distraire en route.




2 févr. 2008

Angélique



Il faut d'abord pousser le portail et traverser l'allée bordée d'hortensias l'été, de pensées en hiver et de verdure toute l'année. Ici on peut vraiment dire qu'on va chez la coiffeuse. La porte est découpée dans le verre de la vitrine qui occupe toute la largeur du petit salon. On entre de plain pied au rez-de-chaussée d'une de ces maisons réputées sans style : le pavillon de banlieue. Un porte-parapluie et trois oriflammes publicitaires pour des produits capillaires l'ornent sobrement.


L'intérieur est vert turquoise. Les fauteuils, les murs, le plafond tendu, tout est de la même couleur. Seule une discrète inscription rose indique « Hortense » sur la porte d'un étroit placard où sont rangés le balai d'un côté et les manteaux des clients de l'autre, juste derrière la caisse gaiement décorée d'un ikebana de fleurs en soie.


Ce petit édifice central cache habilement le bac, territoire des têtes hirsutes enduites de divers produits, plus ou moins odorants, ou hérissées de rouleaux à permanente.


Tout ici est petit, sobre, et dégage une impression charmante à l'image de celles qui y travaillent. La patronne s'appelle Anice. Petite et mince, blonde comme il se doit pour une personne de son âge - ça adouçit les traits - encore jeune d'apparence. Une coiffeuse oeuvre à ses côtés, souriante et efficace.


Chez Hortense, on rencontre une clientèle de quartier, peu de jeunes femmes, quelques petits enfants et des hommes qui restent le temps d'un shampoing et d'un rapide coup de tondeuse.



Et puis il y a Angélique, l'apprentie. Mais une apprentie qui sait déjà travailler, même si elle hésite encore un peu pour les coupes, car ce n'est pas ce qu'elle préfère . La technique est sa spécialité, c'est-à-dire la couleur.

Tout un art qui comprend le dosage savant des teintes entre elles, en fonction de la nature des cheveux, du volume à traiter, de la carnation de la cliente et, bien sûr, de ses desiderata qu'il faut savoir habilement orienter. Angélique est persuasive, malgré une légère timidité due à son jeune âge, surtout face à des personnes un peu autoritaires comme peuvent l'être ces femmes âgées « qui savent ce qui leur va » et à qui on ne la fait pas.


Elle a commencé à quatorze ans par les shampoings et le balayage du salon, le nettoyage des ustensiles des collègues. Bref, elle a appris à servir avant d'apprendre à coiffer. La clientèle est une engeance difficile qu'il faut savoir écouter et diriger tout à la fois.


Aujourd'hui, elle rayonne. J'ai oublié de lui demander. Alors c'est elle qui m'interroge :
- Qu'est-ce que vous pensez si quelqu'un vient d'avoir un diplôme et veut encore continuer à se former ?

- C'est quelqu'un qui n'a pas envie de commencer à travailler peut-être ?

- Mais non, je travaille déjà. C'est moi !

Et elle éclate de rire.


Je me répands en excuses, la félicite pour son succès au CAP. Elle est donc maintenant une professionnelle reconnue. Elle m'informe alors qu'elle quitte le salon de coiffure pour apprendre l'esthétique. « Le maquillage », me précise-t-elle avec un petit sourire rêveur.

- Redevenir une apprentie, celle qui ne sait pas, à qui on demande le boulot que les autres n'aiment pas faire, ça ne vous fait pas peur ?

- Oui mais je vais apprendre ! Et puis de transformer les clientes, les voir sortir souriantes toutes pomponnées, ça me plaît. Oui je crois bien que ça va me plaire.

Charmante Angélique, déjà dans son nouveau rôle, prête à satisfaire les plus exigeantes !

Qui désormais va mélanger les teintes pour trouver exactement la couleur qui me convient ?


23 oct. 2007

Quand c'est noir, c'est que c'est cuit !






Flamand Rose aime à nous raconter ses (décevantes) premières armes dans une cuisine hors de la maison de son enfance.

« Lorsque je faisais frire des oignons, je pensais qu'il fallait qu'ils soient noirs. C'est ce que j'avais toujours vu faire à la maison. J'ai donc naturellement agi par mimétisme. Jusqu'au jour où quelqu'un a osé me demander pourquoi je faisait toujours brûler les oignons. J'ai ouvert de grands yeux et j'ai répondu : Ben, c'est pas comme ça qu'on fait ?
Et je suis devenue la risée des copains. »



Eh bien qu'elle se console, d'autres savent aussi appliquer les recettes ancestrales.



Une recette très simple : laisser une bonne couche de pâtes au fond de la casserole sous laquelle brûle sagement le gaz. L'oublier pendant tout le repas, puis pendant le café et partir faire un tour au parc avec son cousin (cousine, copine ou autre).



Laisser la première personne qui arrivera à la maison :

(rayer les mentions inutiles en fonction de l'heure d'arrivée)


    - Foncer à travers le nuage toxique pour ouvrir les fenêtres et chasser l'odeur de vieux fromage racorni,

    - Pester contre les petits fu..... qui ont mangé là à midi

    - Se brûler avec la gamelle qui se détend dans un long pffssshhhhhhh sous l'eau froide.

    - Appeler les pompiers.





Si vous parvenez à décoller le bloc de charbon noir qui adhère au fond, le récupérer et se réjouir pour les vers de terre du compost ou l'envoyer au musée du Tanguisme*.


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* Tanguisme, vient du film d'Etienne Chatiliez, Tanguy. Musée en cours de création. Contactez-moi pour devenir sponsor.










17 oct. 2007

Le centre commercial





Au coeur de Money Land, entrée avec un bon prétexte, elle erre comme une louve menée par une odeur alléchante, d'un endroit à l'autre, dans une quête perpétuelle jamais assouvie.

Bercée par la musique au kilomètre en guise de sonnerie de Pavlov, les tubes des années passées activent le souvenir de moments intenses. llusion de liberté, illusion de choix, la dopamine se répand dans son sang.

Plus elle parcourt les allées, plus elle entre et sort fébrilement d'une boutique à une autre, flânant longuement entre les rayons, pour trouver récompense à la promesse affichée, saisissant au passage quelques dérisoires objets de remplacement, plus la tentation s'attise d'elle-même. Parmi les faux palmiers et les fragrances de parfums coûteux, la ronde folle nez au vent s'accélère, dans une spirale sans but. Elle ne sait plus pourquoi elle est là. Affolement des désirs, regards en coin vers les autres humains perdus dans cet antre de la tromperie marchande. Mais quoi ? Va-t-elle partir sans rien ? Presque au hasard, elle achète quelque chose, pas trop utile, pas trop cher, dérisoire compensation d'un besoin ou d'une envie insatisfaits.


Puis elle se rabat sur le restau rapide. Se remplir pour lutter contre la frustration. Au moins manger n'est pas de l'argent gaspillé, croit-elle...


Il est tard, la fatigue se fait sentir. On ne voit même pas quel temps il fait dehors dans ce paradis artificiel, cet enfermement coloré.

Dernier tour, dans un brouillard cotoneux, elle cède parfois pour l'objet ruineux qu'un habile vendeur lui fait croire indispensable, on peut payer en plusieurs fois. Trois chèques, ni vu ni connu.


Enfin arrachée aux couleurs des néons dissimulant la froideur, le charme retombe. Dehors il pleut. Dans le train, elle sort des sacs colorés, dérisoires pansements à une insatisfaction non identifiée.




14 oct. 2007

Excursion à Barbie Land




Plus, mieux, autre chose qu'un fond de teint.

Ah ? C'est quoi alors ?

« C'est Dream mat teint mousse ! Un velours pour la peau, couvrant mais léger, léger... »

Foderch-girl, à peine pubère mais déjà quinze ans de télé derrière elle, me récite la pub avec application, tout en évaluant d'un oeil critique mon visage cinquantenaire et la possibilité de réaliser son chiffre de vente avec moi : « Vous savez, c'est la mousse fouettée à l'air », me sort-elle fièrement, sûre de réveiller immédiatement mes neurones télévisés.

« Pour 12 euros, ça vaut le coup de l'essayer ».

Elle est chargée à la poudre d'or ou quoi cette merveille des merveilles ? A raison de 18 ml par pot de fond de teint, ça fait quand même 667 euros le litre ! Le litre de quoi d'ailleurs ? Je savais bien qu'ils finiraient un de ces jours par nous vendre de l'air au prix du diamant.


Pour une marque commercialisée en grandes surfaces, je trouve ça un peu cher. Moins cheap que chez Intersection, on va l'acheter chez Amphora, ça fait plus snob auprès des copines de bureau, mais quand même.


Foderch-senior, sourire condescendant largement déployé, d'un geste envoie la vendeuse dépoussiérer le rayon des shampoings à l'extrait de soie, et s'approche, toutes canines dehors.

Et en quoi ça consiste exactement "fouetté à l'air", je demande, faussement intéressée.

« C'est une formule révolutionnaire. Je l'emploie moi-même. J'en suis très satisfaite. » Et d'offrir son minois botoxé aux sunlights pour tenter d'éveiller un sentiment de culpabilité que j'étoufferai par un achat compulsif.


Je me contente d'une approbation polie et repose délicatement l'objet sur l'étagère transparente. Foderch-en-chef essuie soigneusement mes empreintes digitales, sourire canin toujours vissé, et tourne discrètement le dos. Très professionnelle !


Je musarde encore quelques minutes entre les sels de bains et les eaux de toilette, histoire de me vaporiser un peu de Nina Ricci au passage, puis quitte la boutique sans mon passeport pour Barbie Land.


Je n'arbore pas le redressement instinctif des épaules et le sourire béat de celle qui ressent déjà l'effet placebo de l'élégant sac Amphora très légèrement lesté du produit miracle.


Keskjenéafout de leur pub ? Je suis une ménagère de plus de cinquante ans.






5 oct. 2007

Reste Ainsi T'es Parfait !



Je viens de descendre du bus, d'un geste machinal, je veux remonter la bandoulière de mon sac. Horreur ! Plus de sac... Encombrée et distraite, je ne l'ai pas senti glisser de mon épaule lorsque je me suis levée de mon siège à l'arrêt.

Le but de mon trajet est, de toute façon, compromis. Sans argent, sans papiers, je n'ai même plus un ticket de bus pour rentrer chez moi. Immédiatement je pense à contacter le terminus de la ligne qui est, heureusement tout proche.

Là on me reçoit avec beaucoup de compréhension. On se renseigne, on me dit qu'aucun sac n'a été trouvé. Oui mais les machinistes ne vérifient qu'à leur arrivée au terminus. J'insiste, en expliquant que j'occupais la place la plus proche du conducteur et qu'il peut facilement repérer un sac sur un siège.

En fait, je prie pour qu'il le trouve avant le passage du bus dans le quartier de La Noue. Là je sais que le bus va se remplir à bloc. Toutes les places seront occupées. La probabilité qu'une personne mal intentionnée le trouve sera alors multipliée. Une fois au terminus, il y aura eu mille occasions que quelqu'un descende avec mon sac à son épaule sans être inquiété.

Conciliant, le responsable accepte de rappeler sur la ligne pour préciser l'emplacement de ma précieuse sacoche. Il revient tout sourire : le machiniste l'a trouvée et la rapportera à son prochain passage, dans 45 minutes. Enorme soupir de soulagement. Interrompu par la pensée qu'il est peut-être déjà vidé de l'argent qu'il contenait, de mon passeport, bref, je pense aux ennuis qui m'attendent peut-être malgré le sac retrouvé.

Je m'installe dans une attente entrecoupée de tristes images de commissariat de police, de démarches pour refaire ma carte vitale (justement je me rendais à la pharmacie), faire opposition à ma carte de crédit et autres inquiétudes sur les multiples conséquences d'un fatal instant de distraction. Les trois quarts d'heure les plus longs de ma semaine, durant lesquels je guette chaque passage d'un bus estampillé de violet, en essayant de rester discrète. Pas assez sans doute car, à peine levée de mon banc à l'heure dite, le responsable me fait signe qu'il faut encore attendre. Je suis repérée avec mon air abattu et fébrile à la fois !

18 h 10 : un 122 passe devant les baraquements du terminal, le machiniste me fait un grand signe de la main en souriant. C'est lui ! Mon gentil conducteur qui avait été si aimable durant le trajet, celui qui a acepté d'aller voir sur le siège avant son arrivée à Galliéni, ce qu'il n'était pas obligé de faire s'il avait observé le règlement stricto sensu !

Je me précipite. On me fait entrer dans le baraquement de la RATP* pour que je vérifie le contenu de mon sac. On me propose même d'appeler pour faire opposition, si nécessaire, aux moyens de paiement qui pourraient avoir disparu.

Le croirez-vous ? Moi-même j'en suis encore toute étonnée : il ne manque pas un timbre-poste, pas un kleenex. Tout est là, intact !

Et quand je demande de quelle façon je pourrais remercier ceux qui m'ont évité la catastrophe qu'aurait représenté la perte de cinquante euros et de tous mes papiers d'identité, on me répond : « Pas de problème, on a fait notre travail. C'est ça le service public ».

Oui, il a fait son travail, mais il l'a fait complètement, avec tant de gentillesse... Et encore oui, la notion de service public prend un sens particulier dans certains cas !

Ici je veux leur dire merci, ainsi qu'à tous ceux qui, chaque jour, ne se contentent pas de transporter les gens mais les considèrent aussi en tant qu'individus.


Merci à vous « les gars du 122 » ! Et si vous recevez une carte de voeux d'une de vos passagères à Nouvel An, ce ne sera qu'un bien petit témoignage de ma reconnaissance pour ce que vous faites tous les jours.

Reste Ainsi T'es Parfait !

*
Depuis trois ans, ils travaillent dans des baraquements car l'esplanade est en chantier, probablement jusqu'en 2010.

31 août 2007

Crash-test belge





Après la mairie, la ligne 122 passe devant le cimetière avant de s'infléchir à gauche pour le contourner, en montant vers le quartier du Bel Air. Il est environ 22 heures 15. A bord, une vingtaine de passagers silencieux.


Au bout de la rue Galilée, je lève les yeux de mon livre, au moment où l'autobus avance sur l'intersection en amorçant son virage, sans ralentir puisque le feu est vert.


Un cri d'effroi retentit dans mon dos. Une femme se lève d'un bond, se jette vers la porte en criant, l'index pointé vers la rue. Tous les yeux suivent la direction de son doigt. Une camionnette blanche dévale la pente vers nous, brûle le feu, nous percute dans un crissement de freins, rebondit en arrière sous la force de l'impact, puis s'immobilise. Comme un seul homme, les voyageurs ont sauté vers le côté opposé au choc et tombent les uns sur les autres. Le bus s'arrête.

La femme continue à crier d'une voix aigüe. L'impact a eu lieu exactement là où elle était assise quelques secondes plus tôt. Les gens se relèvent, étourdis. Le chauffeur demande si quelqu'un est blessé. Stoïque, il nous rassure, réclame un peu de calme puis décroche son téléphone afin d'informer le central de l'accident.


Dehors, la camionnette, immatriculée en Belgique, a perdu sa plaque dans la collision. Le conducteur ouvre sa portière d'où tombe une batte de base-ball, saute sur la chaussée, évalue les dégâts, lève les yeux vers ses passagers. Il ramasse sa batte, jette un regard courroucé vers l'autobus qui barre la rue perpendiculairement, et fait trois pas dans notre direction.


Le machiniste de la RATP n'a pas quitté son siège, il téléphone.

A ce moment, on entend vociférer : « Laissez-moi sortir, ils vont nous attaquer ! Ouvrez, ouvrez ! » L'homme, pris de panique, commence à manipuler tous les boutons à sa portée, donne des coups d'épaule et de pieds dans la porte. La porte s'ouvre quand les autres voyageurs se mettent à hurler en montrant la camionnette. Profitant de cette diversion, le chauffard a récupéré son pare-choc et sa plaque, il est remonté dans la cabine et manoeuvre pour se dégager du carrefour. En deux coups de volant, le voilà sur le trottoir, il rape un arbre au passage et la camionnette disparaît en direction de la mairie.


Le conducteur du bus descend, inspecte sa carrosserie froissée. Plus de peur que de mal. Il nous demande de lui laisser nos coordonnées pour témoigner de l'incident. Nous repartons vers le Bel Air dans un concert d'exclamations indignées et de plaisanteries. L'homme affolé tout à l'heure grommèle des imprécations en Swahili. Les autres espèrent qu'il est en train de jeter un sort au conducteur de la camionnette belge.



Nota : La date de ce billet n'est pas celle de l'incident.



30 août 2007

On est discipliné à la RATP

Suivre les instructions à la lettre...


La station Louise Michel, sur le parcours de la ligne 122, n'existe que dans un sens, en direction de Galliéni. Pour des raisons pratiques de circulation, c'est assez compréhensible. Mais c'est inhabituel.

Au tout début, je ne l'avais pas remarqué. Je me réjouissais seulement de ce nouvel abribus rutilant, au coin de la rue, qui réduirait mon trajet à pied vers la maison. Je décidai donc de l'inaugurer, un beau soir que je rentrais du boulot par le RER. Je guette l'endroit, demande l'arrêt en actionnant le bouton rouge bien avant, et me prépare à descendre tandis que le bus peine un peu dans la côte et arrive, poussif, en haut de la rue Babeuf.


Le machiniste ouvre la porte avant pour laisser monter un voyageur, mais la porte arrière reste close. Je lui demande d'ouvrir. « Je n'ai pas le droit » me repond-il très sérieusement. Croyant à une boutade, je ris... jaune, car il redémarre et s'engage dans le carrefour. Pas le droit ? Il se moque de moi ! On peut monter dans le bus mais pas en descendre ? Et ensuite il va peut-être partir où il veut battre la campagne comme dans un remake d'Un Automne à Pekin ?


Je rejoins le poste de conduite et insiste, furieuse de le voir continuer sur le chemin que je devrais refaire à pied dans l'autre sens. « Mais Madame, je vous dis que je n'ai pas le droit de vous laisser descendre ! C'est écrit sur ma feuille de route, regardez si vous ne me croyez pas ». Et il me montre un petit paquet de fiches avec ses horaires et instructions.


Je proteste du manque de logique d'une telle directive et me résigne à attendre la station suivante pour descendre. Naturellement il pleut. Je grommèle sous le gouttes, ruminant déjà en pensée une lettre de protestation bien sentie contre la RATP et ses curieuses fantaisies, quand soudain j'éclate de rire dans la rue.


Les passants se retournent. Je viens de comprendre ce qui s'est passé. La rue Babeuf est en pente. Le trajet en direction du Val de Fontenay est toujours en descente. Et, dans ce sens, il n'y a pas d'arrêt rue Louise Michel. C'est la consigne inscrite sur le petit carton du conducteur : « Arrêt Louise Michel à la montée mais pas à la descente ». Il a juste confondu le trajet en descente vers son terminus avec la descente des voyageurs. C'est ce qui s'appelle suivre les instructions à la lettre. Obéir n'est pas réfléchir.



P.S. : A sa décharge on peut dire qu'il essuyait les plâtres. Mais si j'ai bien rigolé, je ne crois pas qu'il se soit vanté !


8 juil. 2007

Journal d'une paresseuse





Paul Lafargue, le célèbre auteur du Droit à la paresse, m'a procuré une énorme satisfaction narcissique lorsque j'ai découvert qu'il avait osé...


Osé dire que la paresse se revendique.


La flemme aidant, j'ai vite abandonné la lecture de cet essai philosophique. Eh oui, il fallait faire un effort ; ça en se lit pas comme un pamphlet ou un roman. De la pure sociologie du 19è siècle : ça doit être ardu pour être sérieux. Et je l'ai trouvé très chiant.

Je ne l'ai donc jamais lu.


Je me suis contentée de savoir que certains étaient animés de la même soif de ne rien faire.

Des tas de gens ne font rien. Cela ne signifie pas pour autant qu'ils sont paresseux. La preuve ? Ils s'ennuient. Un sentiment que je n'ai jamais éprouvé.

Ce qui m'ennuie ce sont les choses obligatoires, ce qu'il faut absolument faire. Même aller faire pipi, lorsque je préfèrerais rester à regarder un film ou bayer aux corneilles, cela me pèse.


J'en ai souvent éprouvé de la honte. J'ai tenté de me corriger, de me discipliner. En vain.



Je ne nie pas les joies de l'accomplissement. La satisfaction est intense de la chose produite, de la corvée qui n'est plus à faire, du plaisir offert à quelqu'un. Mais elle est toujours à renouveler, c'est ça qui est désarmant.



S'il fallait se contenter de s'en débarrasser pour se sentir libre, les choses seraient simples. Hélas, à peine fini, il faut recommencer.

Je n'éprouve pas la satisfaction du besogneux fier de remettre cent fois l'ouvrage sur le métier pour montrer au monde ses qualités de bon citoyen , employé modèle, mari exemplaire, ménagère accomplie, etc. (rayez les mentions inutiles à moins que vous ne fassiez partie de toutes ces catégories à la fois).


La bonne fille bien diciplinée, dont tous doivent être fiers, très peu pour moi.


Ce que pensent les autres ne m'est pas totalement indifférent mais n'égalera jamais la délicieuse sensation de n'avoir rien à faire, ou de l'avoir décidé, ce qui revient presque au même.

Et puis j'aimerais qu'on soit fier de moi pour d'autres raisons.


Pour moi, il n'est de meilleur plaisir que de faire ce qui me passe par la tête, suivre le papillon, prévoir puis changer d'avis au dernier moment. Me faire plaisir en un mot.



Cependant ce plaisir n'est pas complet. Car il est forcément des événements désagréables liés directement à ma paresse. Je ne serai jamais une contribuable exemplaire, une ménagère sans faille, une épouse parfaite, une mère acharnée à la propreté et au confort de sa famille, une employée consciencieuse.
J'ai l'étoffe d'une parfaite irresponsable.


Tout d'abord, j'ai la certitude que je ne serais jamais capable d'atteindre ces degrés de perfection prônés par la morale, directement issue de la religion. A quoi me servirait de courir, essouflée et insatisfaite, après une peronnalité qui m'est étrangère ? Lorsque j'essaye, je ne fais pas illusion longtemps.



Se donner des devoirs, ou accepter ceux qu'on nous met sur le dos, nous enchaîne irrémédiablement et nous place dans une situation de dépendance psychologique à tout ce qui touche à ces devoirs supposés indispensables à notre vie et au salut de notre âme.



Car si nous nous sentions libres de faire ou de ne pas faire, de choisir entre telle ou telle activité, comment la morale, la politique, l'Etat, auraient-ils une quelconque emprise sur nous ?


La vaillance peut s'exprimer de bien d'autres façons
qu'en faisant le ménage et la cuisine, le bricolage et le sacro-saint métier qui autorise notre participation à cette société.


Un des principaux inconvénients, c'est quand quelqu'un débarque à l'improviste.

Là ça peut devenir hard.


Les amis sont gentils et disent toujours "Ne t'en fais pas, chez moi c'est pareil'.

J'ai trop envie de rire quand on me sort ça, car c'est faux la plupart du temps.

Comme ce pieu mensonge est destiné à me rassurer, je ne polémique pas.
Déjà que je leur impose cet état de choses, je ne vais pas, en plus, leur imposer une discussion sur l'ancienneté des poussières et autres balivernes. Sans doute, si j'en parle, c'est que j'aimerais que cela soit différent.


Faire un café à quelqu'un quand il n'y a pas une seule tasse propre
, que la boîte de sucre est constellée de tâches brunes suspectes et que la table est recouverte de tout ce qu'on veut, ça demande d'énormes efforts. Pour mes amis, j'ai envie de le faire, mais j'aime mieux qu'ils me préviennent. Comme ça je me prépare à les recevoir. C'est pas pour ça que ça sera nickel, mais il y aura un peu de vaisselle et quelque chose dans le frigo. Malgré tout, il y a des gens que je n'inviterai jamais chez moi car ils ne supporteraient pas. Je cache donc ma paresse à ceux qui ne pourraient pas m'accepter telle que je suis. Je parle de ceux dont l'avis m'importe, évidemment.
Les autres, je m'amuse de leur effarement, comme cet employé du gaz qui est venu l'autre jour relever mon compteur.



Ensuite il y a toutes les variations sur le thème "il faut se respecter", "on ne peut pas faire autrement", "je ne suis pas une souillon", j'en passe et des meilleures.

Pour moi, le mot "souillon" renvoie directement à une pauvre Cendrillon, mal lotie, mal fagotée et obligée de servir ses fausses "soeurs". Eh bien, je me sens "souillon" quand je fais les besognes de la maison.


Ce n'est pas que ça me dérange de nettoyer. J'aime même plutôt ça, surtout quand c'est fini. Mais c'est comme la cuisine. Il faudrait que ce soit de temps en temps, parce que j'en ai envie, qu'il fait beau ou que quelqu'un va venir me voir. Alors
j'ai plaisir à faire les choses mais en prenant le temps (un élément important dans cette affaire), en bidouillant dans les coins, en m'arrêtant pour fumer une clope, bref, en prenant du plaisir. Décidément je me répète.


Que signifie "se respecter" quand on se force à se lever de bonne heure pour accomplir toutes les tâches rebutantes que personne n'appréciera ?
Que signifie "on ne peut pas faire autrement" quand il est si simple de ne pas faire ?



Je n'ai jamais exigé de mon chéri qu'il accomplisse les bricolages auxquels la plupart des hommes sont contraints par leur compagne. De quel droit exigent-elles, sinon parce qu'elles exigent d'elles-mêmes et se "vengent" en quelque sorte sur l'autre pour qu'il soit contraint, lui aussi ?



Le quotidien, c'est le contraire du plaisir.
Et ça je ne m'y habitue pas. J"ai bien peur de ne jamais m'y habituer.


Combien de fois ai-je entendu, dans mon enfance, les soupirs consternés de ma mère : "tu es si lente !", "tu rêves". Elle n'avait jamais le temps, et pour cause, on n'a pas le temps avec huit enfants. L'exemple ne m'a pas suffit.


On m'a appris le goût de l"effort. Je l'ai appliqué uniquement à ce qui rapporte
: le travail rémunéré, la seule obligation que je m'impose pour des raisons évidentes de survie. Mais là aussi j'affectionne les postes où je travaille seule, où je peux répartir les moments intenses et les moments de rêverie, choisir par quelle tâche je vais comencer ou finir. Je peux travailler longtemps et ardement, à condition que cela m'apporte quelque chose, sans parler du salaire mais de la découverte, du plaisir d'une tâche intéressante. En cela il y a une reconnaissance du travail accompli, que je ne demande pas aux autres mais à moi-même.
Je n'ai pas acquis le goût de l'effort humble
, celui qui ne sera jamais couronné de lauriers, celui de chaque jour, sans gloire ni recompense, celui du don de soi.


Que ceux qui me jugent égoïste se demandent en quoi d'autres sont-ils altruistes lorsqu'ils houspillent toute la famille pour que tout soit mpeccable, lorsqu'ils obligent les autres à suivre leur ligne de conduite, ou quand ils exigent de leurs entourage accomplissement de certaines tâches considérées comme indispensables par eux, et non par ceux à qui ils les imposent.



Et qu'on ne me dise pas que c'est "pour leur bien".
Si c'était vrai, ils pourraient facilement le démontrer et transmettre cela dans l'enthousisme et la joie. Ma mère avait coutume de nous dire, lorsqu'elle nous soignait un bobo
"si ça fait mal c'est que ça fait du bien".


Eh bien, pour moi, si ça fait mal, c'est que ça fait mal, donc j'évite.


Ce n'est guère prudent de ma part de me dévoiler ainsi, quasi en public.

Si quelqu'un veut me prouver que j'ai tort, et peut m'expliquer comment changer dans la joie et la bonne humeur, je suis preneuse de la recette.

11 juin 2007

Partir au boulot

Rue de Rosny, Montreuil


Vivre à vélo en ville

Je glisse dans la descente vers le centre ville. Le vent provoque et essuie aussitôt quelques larmes de froid, à peine nées réduites à une traînée plus claire sur mes joues. Au feu rouge, la bouche de métro respire au rythme des claquements de talons, inspirant de grandes goulées de gens pressés. Les relents de leurs eaux de toilette et autres gels douche me frôlent par petites vagues plus ou moins discrètes,lorsqu'ils traversent.

Porte de Montreuil


A la Porte de Montreuil, mon corps connaît chaque pavé.





J'ai tant de fois traversé ce no man's land vers Paris. Après les parfums qui s'échappent de l'Autre Boulange (oh ! leurs petits pains aux écorces d'orange !), je remonte mon foulard sur le nez sous les regards patients, souvent furieux, parfois envieux, des automobilistes.



Car je continue à glisser en slalom vers la Bastille. Les taxis tentent quelques échappées éphémères dans le Faubourg St-Antoine, embouteillé comme tous les matins. Chaque tour de pédale me rapproche de la Seine.








Pont Sully, Rive gauche, le théâtre de l'Odéon. Tiens, le planton devant le Sénat est une soldate à queue de cheval
blonde.








Je transpire un peu dans cette rue étroite qui monte en faux

plat. A peine un peu d'élan, feu rouge, je repars, écart devant un écervelé qui surgit entre deux voitures en stationnement, puis un autre feu. La routine.


Une belle routine faite de coups de pédale, de cheveux au vent et de pluie dans les yeux, de pieds-de-nez aux lourdauds motorisés, sourires en coin des marchands en train de balayer leur devanture, oeillades complices avec les facteurs déjà chargés des nouvelles du jour. Je pense à l'été dernier et ses effluves de mélisse qui faisaient le mur du couvent un soir de canicule, rue de Vaugirard Le fleuriste est en retard pour sortir ses arbustes.


Et voici la vitrine de Neuf Lunes, les ambassades avec

leurs grilles en fer forgé. Ça y est, la Tour Eiffel

dans la perspective à droite.


Je vais passer sous le métro aérien. J'espérais
devancer la pluie.

Mais non ! Je vais encore ressembler à une serpillière en arrivant Porte de Versailles.

A quelques mètres du Périph, je goûte les dernières minutes de tranquillité et de liberté sur mon noir destrier de

métal. Ah ! Un piéton mécontent de me voir sur le trottoir du boulevard Victor, pourtant large et peu fréquenté.


Plus que quelques mètres avant le bureau et ses vicissitudes. Passé le petit resto italien, on me klaxonne car je me place au milieu de la chaussée pour tourner à gauche. Si j'avais une carrosserie rouge, je serais traitée différemment. Mais qu'importe ! J'arrive au pied de l'immeuble où entrent ceux qui vont faire vivre l'entreprise un jour de plus. Des groupes de jeunes femmes pomponnées. Et moi qui

dégouline... Certains ont l'air las malgré l'heure matinale. Je suis essoufflée mais en pleine forme.


Un petit plaisir quotidien : partir au boulot !





La boulangère


Je suis bien contente pour la boulangère.

A la boulangerie la plus proche du quartier, la vitrine est toujours remplie de bonbonnières et d'objets mièvres passés de mode. Le pain n'y est pas très bon. La pâtisserie n'est pas sa spécialité non plus. Bref, tout m'agace dans cette boutique.

.
Surtout, il y a les minauderies de la boulangère. Une voix de fausse gamine pour débiter des évidences et donner raison à tout le monde (le client est roi n'est-ce pas ?). Et ce cri dans un « gueulophone » qui relie le fournil au magasin : « Alors ? Les baguettes, dans combien de temps ? » Il lui faut une calculette pour additionner trois pains et un croissant. Je sais toujours avant elle combien je dois payer.

Mais la boutique est là, au coin, tout près, tôt ouverte et fermée tard, elle nous évite d'avoir à courir plus loin.

Depuis peu, je remarche avec difficultés après un accident.

Mardi, je clopine donc vers le carrefour, béquilles en soutien et sac en bandoulière, remplie de fierté à l'idée d'éviter cette petite « corvée » quotidienne à mon cher et tendre.

La route paraît longue. Pour moi c'est la grande excursion de la journée. Enfin, j'y parviens. Déception ! La boulangerie est fermée. Il est environ quinze heures, ce n'est pas le jour de fermeture hebdomadaire. Que se passe-t-il ?

J'approche en ronchonnant intérieurement, prête à me plaindre d'avoir fait l'effort du trajet pour rien. Collée à l'intérieur de la vitrine, une feuille blanche imprimée de noir annonce : « M. et Mme Y...., ses enfants, Untel et Unetelle, ses petits-enfants, ont la douleur de vous faire part du décès de Antoine G...... Les obsèques auront lieu, mardi, etc. »

Je me sens honteuse et triste pour cette pauvre boulangère. Je me remémore sa voix aiguë que j'imagine gonflée de larmes, je la vois contrainte de rouvrir très vite sa boutique, malgré le chagrin, pour ne pas perdre sa clientèle.

Je me reproche les griefs ridicules que j'ai contre elle. Et qu'est-ce qu'une petite douleur à la jambe face à la perte d'un être cher ?

C'est en méditant là-dessus que je repars, en m'appliquant à profiter du plaisir de pouvoir marcher.

Aujourd'hui, j'apprends que le faire-part de décès affiché ne la concerne pas du tout. Il s'agit d'un ancien habitant du quartier dont la famille a voulu informer ceux qui le connaissaient.

Je suis soulagée pour la boulangère et je suis bien contente pour elle, même si une autre famille est dans la peine. De l'avoir imaginée confrontée aux souffrances de la vie me l'a rendue plus proche, plus humaine. Je ne la regarderai plus jamais comme avant, même si elle claironne des futilités en vendant son pain qui n'est pas le meilleur. Au moins, elle est heureuse.




Chauffard


Pepette la minette

et Tony le Manouche sur la route :


- Vas-y qu’est-ce tu fous dans ton Bidibulle ?

C’est pas une vardine c’est un pot de yaourt !

- Vas t’faire voir tronche de Playmobil !