Bonjour à vous qui passez par là. Merci de votre visite. Laissez-moi un petit commentaire, ça fait toujours plaisir.

26 nov. 2007

Visiteuse nocturne






Nous sommes sur son territoire. Il y a longtemps qu'elle habite dans les parages. Peut-être vient-elle du grand parc tout proche ou d'un terrain vague, ancien verger à la sortie d'autoroute. Probablement de plus près car le quartier offre suffisamment d'abris, cabanes de jardin et autres garages accueillants. Je ne serais pas étonnée qu'elle demeure au fond de l'impasse, où un grand jardin au noisetier centenaire offre un bien agréable domaine cerné de haies protectrices.


J'ignore l'étendue de son périple nocturne. Nous avons la chance d'être sur son chemin, c'est tout ce que je sais d'elle.


La première fois que nous nous sommes rencontrées, c'était à environ trois kilomètres de chez nous. Je rentrais d'une soirée, pédalant dans la montée vers la Boissière. A la sortie d'autoroute, juste avant de passer sous le pont, s'étend un terrain de boules clos par un grillage. De loin, j'ai vu traverser l'animal à longue queue touffue que j'ai d'abord pris pour un chat. Chaque tour de roue m'en rapprochait rapidement. Surprise, elle chercha désespérément un passage à travers le grillage, se jetant en tout sens contre la clôture, de plus en plus affolée par mon approche. Je l'ai dépassée avant de m'arrêter pour l'observer, émerveillée par la présence de cette sauvageonne au milieu du béton de notre banlieue. Prise de pitié devant sa terreur, je me suis éloignée pour la laisser trouver son chemin. Galvanisée par cette rencontre, je pédalai avec entrain durant tout le reste de mon trajet.



Notre deuxième rencontre eut lieu un soir d'été. Nous avions mangé dans le jardin, sous l'abricotier. La soirée s'étirait. Profitant de la douceur de la nuit, nous discutions à voix basse dans l'obscurité quand elle apparut dans l'allée, à un mètre à peine de ma chaise. Elle ne paraîssait nullement effrayée, visiblement sur son terrain. Elle s'immobilisa à découvert, hésitant sur la conduite à tenir. Charmés, nous ne bougions pas plus qu'elle, espérant faire durer ce moment magique qui nous réconciliait avec la vie sauvage. Elle resta près d'une minute, faisant mine de regarder ailleurs. La coquette nous laissait admirer son pelage brun éclairé d'une tache blanche sous le cou et sa belle queue presque aussi longue qu'elle. Elle nous observait calmement, évaluant s'il fallait fuir ou poursuivre son périple. Enfin, elle s'avança avec souplesse mais sans hâte, franchit la courte distance jusqu'à la barrière, et se coula dans l'étroit passage entre les barreaux. Comme l'intensité d'une petite minute peut rester gravée comme une grande heure de plaisir ! Elle alimenta notre conversation jusque tard dans la nuit.




C'est une visiteuse nocture, surtout en été qui est la saison de ses bruyantes amours. Quelquefois le raffut est si fort qu'on croirait à une bande de cambrioleurs en pleine action ! J'accusais le hérisson, pas très discret lui non plus, mais nous l'avions vexé en démontant le tas de bois. Il a cherché refuge ailleurs ; nous le voyons plus. Nous avons dû fermer la chatière du garage, croyant qu'un greffier venait y marquer son territoire. Maintenant je sais que c'est elle qui venait y nicher ou peut-être s'ébattre avec son prince charmant. Elle y laissait une odeur puissante.



Avec les matous, ils ne s'aiment guère. Garde-t-elle le souvenir de ses ancêtres, animaux familiers détrônés auprès des humains par les chats importés d'Egypte ? Ou tout simplement dispute-t-elle la gamelle de croquettes ? Toujours est-il que je les ai surpris un beau soir au crépuscule, hérissés face à face, silouhettes gonflées de rage, dans la lumière déclinante. Haussés sur leurs pattes, fourrure en bataille, ils s'affrontaient du regard sur le toit de l'appenti voisin, grognant et feulant pour impressionner l'ennemi. Elle avait pris l'avantage en se plaçant sur la partie haute de la pente.












A force d'intimidation, elle le poussa vers le bord du toit d'où il finit par tomber, s'accrochant sans succès au chenal. Il s'enfuit sans demander son reste. Le pauvre minet n'avait guère de chance, lui qui a gagné de l'embompoint en perdant, chez le vétérinaire, un peu d'agressivité en même temps que ses testicules. Si la voisine s'interroge sur l'appétit décuplé de son chat, il a dû se retrouver doublement au régime !




Et pourtant certains s'entendent bien. L'exception qui confirme la règle.






La visiteuse nocturne continue d'alimenter nos rêveries bucoliques. Nous en parlons de temps en temps avec nostalgie. En ce moment c'est plutôt l'époque où on nourrit les oiseaux. Prévoyants, ils laissent quelques miettes pour le lendemain matin, au centre de l'allée, où les prédateurs ont du mal à organiser leurs planques. Et puis l'autre soir, mon compagnon, qui fumait sur le pas de la porte, m'appelle : « Viens voir, vite. Ne fais pas de bruit ! » J'approche tout doucement et me place derrière lui dans l'embrasure. Au même endroit que l'été de notre rencontre, elle était au beau milieu de l'allée, dans la lumière du réverbère, sa longue queue touffue bien allongée derrière elle. Elle semblait plus petite et son pelage plus sombre.




Une jeune de l'année peut-être. Elle a reniflé les miettes de pain, en a gobé quelques unes, est encore restée immobile un instant puis, brusquement, a filé vers la vigne, à l'abri du prunier. Nous avons attendu un moment, frigorifiés, dans l'espoir de l'apercevoir à nouveau. Mais elle s'était rendue invisible. Elle s'est éclipsée en douce, sans qu'on puisse voir dans quelle direction.



Un soir d'automne, une de nos petites joies de l'été a refait surface grâce à notre voisine la fouine.



1 commentaire:

VLADIE38 a dit…

Bonjour Pierrette,

Vous m'aviez laissé un message sur mon blog et par courtoisie je suis venue visiter le votre et grand bien m'en a pris! Je trouve ce blog rafraichissant dans le bon sens du terme, intelligent sans "prise de tête", divertissant et instructif, génial! Je ne suis pas douée pour la littérature mais j'adore lire les bons et beaux mots.
Au plaisir d'échanger quelques mots.