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30 oct. 2008

A Vava Inouva


Découvrez Idir!




La première fois que j'ai entendu Idir, comme la plupart des Français, il interprétait A Vava Inouva, en duo avec la chanteuse Zahra N'soumer. C'était en 1976 et le succès fut immédiat. Composée par Ben Mohamed Hammadouche, cette chanson fait référence à une très ancienne légende kabyle.



Idir (photo algerie-monde.com)

(Les paroles kabyles et leur traduction en bas de ce message)

Voici la légende inspiratrice de cette magnifique chanson qui a fait le tour du monde.
On remarquera une certaine similitude avec un conte de Charles Perrault.






Le Chêne de l'Ogre (Conte Kabyle)

Que mon conte soit beau et se déroule comme un long fil !


L'on raconte qu'aux temps anciens, il était un pauvre vieux qui s'entêtait à vivre et a attendre la mort tout seul dans sa masure. Il habitait en dehors du village. Et jamais il n'entrait ni ne sortait, car il était paralysé. On lui avait traîné son lit près de la porte, et cette porte, il en tirait la targette a l'aide d'un fil. Or ce vieux avait une petite fille, à peine au sortir de d'enfance, qui lui apportait tous les jours son déjeuner et son dîner. Aïcha venait de l'autre bout du village, envoyée par ses parents qui ne pouvaient eux-mêmes prendre soin du vieillard.

La fillette, portant une galette et un plat de couscous, chantonnait à peine arrivée :
"Ouvre-moi la porte, ô mon père Inoubba, ô mon père Inoubba !" Et le grand-père répondait : "Fais sonner tes petits bracelets, ô Aïcha ma fille !"


La fillette heurtait l'un contre l'autre ses bracelets et il tirait la targette. Aïcha entrait, balayait la masure, serrait le lit. Puis elle servait au vieillard son repas, lui versait à boire. Apres s'être longuement attardée près de lui, elle s'en retournait, le laissant calme et sur le point de s'endormir. La petite fille racontait chaque jour à ses parents comment elle avait veillé sur son grand-père et ce qu'elle lui avait dit pour le distraire. L'aïeul aimait beaucoup à la voir venir.

Mais un jour, l'Ogre aperçut l'enfant. Il la suivit en cachette jusqu’à la masure et l'entendit chantonner :
"Ouvre-moi la porte, ô mon père Inoubba, ô mon père Inoubba !" Il entendit le vieillard répondre :
"Fais sonner tes petits bracelets, ô Aïcha ma fille !"


L'Ogre se dit ; "J'ai compris. Demain je reviendrai, je répéterai les mots de la petite fille, il m'ouvrira et je le mangerai !"

Le lendemain, peu avant que n'arrive la fillette, L'Ogre se présenta devant la masure et dit de sa grosse voix :
"Ouvre-moi la porte, ô mon père Inoubba, ô mon père Inoubba !"
"Sauve-toi, maudit ! lui répondit le vieux. Crois-tu que je ne te reconnaisse pas ?"


L'Ogre revint a plusieurs reprises mais le vieillard, chaque fois, devinait qui il était. L'Ogre s'en alla finalement trouver le sorcier.
"Voici, lui dit-il, il y a un vieil impotent qui habite hors du village. Il ne veut pas m'ouvrir parce que ma grosse voix me trahit. Indique-moi le moyen d'avoir une voix aussi fine, aussi claire que celle de sa petite-fille."


Le sorcier répondit :
"Vas, enduis-toi la gorge de miel et allonge-toi par terre au soleil, la bouche grande ouverte. Des fourmis y entreront et racleront ta gorge. Mais ce n'est pas en un jour que ta voix s'éclaircira et s'affinera !"

L'Ogre fit ce que lui recommandait le sorcier ; il acheta du miel, s'en remplit la gorge et alla s'étendre au soleil, la bouche ouverte. Une armée de fourmis entra dans sa gorge.






Au bout de deux jours, l'Ogre se rendit à la masure et chanta :
"Ouvre-moi la porte, ô mon père Inoubba, ô mon père Inoubba !"


Mais le vieillard le reconnut encore.
"Eloigne-toi, maudit ! lui cria-t-il. Je sais qui tu es."


L'Ogre s'en retourna chez lui.

Il mangea encore et encore du miel. Il s'entendit de longues heures au soleil. Il laissa des légions de fourmis aller et venir dans sa gorge. Le quatrième jour, sa voix fut aussi fine, aussi claire que celle de la fillette. L'Ogre se rendit alors chez le vieillard et chantonna devant sa masure :
"Ouvre-moi la porte, ô mon père Inoubba, ô mon père Inoubba !"
"Fais sonner tes petits bracelets, ô Aïcha ma fille !" répondit l'aïeul.


L'Ogre s'était muni d'une chaîne ; il la fit tinter. La porte s'ouvrit. L'Ogre entra et dévora le pauvre vieux. Et puis il revêtit ses habits, prit sa place et attendit la petite fille pour la dévorer aussi.

Elle vint, mais elle remarqua, dès qu'elle fut devant la masure, que du sang coulait sous la porte. Elle se dit : "Qu'est-il arrivé à mon grand-père ?".
Elle verrouilla la porte de l'extérieur et chantonna :
"Ouvre-moi la porte, ô mon père Inoubba, ô mon père Inoubba !"


L'Ogre répondit de sa voix fine et claire :
"Fais sonner tes petits bracelets, ô Aïcha ma fille !"


La fillette qui ne reconnut pas dans cette voix celle de son grand-père, posa sur le chemin la galette et le plat de couscous qu'elle tenait, et courut au village alerter ses parents.
"L'Ogre a mangé mon grand-père, leur annonça-t-elle en pleurant. J'ai fermé sur lui la porte. Et maintenant qu'allons-nous faire ?"

Le père fit crier la nouvelle sur la place publique. Alors, chaque famille offrit un fagot et des hommes accoururent de tous côtés pour porter ces fagots jusqu'à la masure et y mettre le feu. L'ogre essaya vainement de fuir. Il pesa de toute sa force sur la porte qui résista. C'est ainsi qu'il brûla.

L'année suivante, à l'endroit même ou l'Ogre fut brûlé, un chêne s'élança. On l'appela le "Chêne de l'Ogre". Depuis, on le montre aux passants.

Mon conte est comme un ruisseau, je l'ai conté à des Seigneurs.
(© publié par Tamurth.net)




A Vava Inouva

Traduction de Ben Mohamed Hammadouche


Je t'en prie père Inouba ouvre-moi la porte
O fille Ghriba fais tinter tes bracelets
Je crains l'ogre de la forêt père Inouba
O fille Ghriba je le crains aussi.

Le vieux enroulé dans son burnous
A l'écart se chauffe
Son fils soucieux de gagne pain
Passe en revue les jours du lendemain
La bru derrière le métier à tisser
Sans cesse remonte les tendeurs
Les enfants autour de la vieille
S'instruisent des choses d'antan

Je t'en prie père Inouba ouvre-moi la porte
O fille Ghriba fais tinter tes bracelets
Je crains l'ogre de la forêt père Inouba
O fille Ghriba je le crains aussi

La neige s'est entassée contre la porte
L'ihlulen bout dans la marmite
La tajmaât rêve déjà au printemps
La lune et les étoiles demeurent claustrées
La bûche de chêne remplace les claies
La famille rassemblée
Prête l'oreille au conte

Je t'en prie père Inouba ouvre-moi la porte
O fille Ghriba fais tinter tes bracelets
Je crains l'ogre de la forêt père Inouba

O fille Ghriba je le crains aussi



Paroles originales :

Txilek elli yi n taburt a Vava Inouva
Ccencen tizebgatin-im a yelli Ghriba
Ugadegh lwahc elghaba a Vava Inouva
Ugadegh ula d nekkini a yelli Ghriba

Amghar yedel deg wbernus
Di tesga la yezzizin
Mmis yethebbir i lqut
ussan deg wqarru-s tezzin
Tislit zdeffir uzetta
Tessallay tijebbadin
Arrac ezzin d i tamghart
A sen teghar tiqdimin

Txilek elli yi n taburt a Vava Inouva
Ccencen tizebgatin-im a yelli Ghriba
Ugadegh lwahc elghaba a Vava Inouva
Ugadegh ula d nekkini a yelli Ghriba
Adfel yessed tibbura
Tuggi kecment yehlulen
Tajmaât tettsargu tafsut
Aggur d yetran hejben
Ma d aqejmur n tassaft
Idegger akken idenyen
Mlalen d aït waxxam
I tmacahut ad slen

Txilek elli yi n taburt a Vava Inouva
Ccencen tizebgatin-im a yelli Ghriba
Ugadegh lwahc elghaba a Vava Inouva
Ugadegh ula d nekkini a yelli Ghriba



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Idir

Contes et légends kabyles

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2 commentaires:

Tinky a dit…

Merci !

J'ai toujours trouvé cette chanson très belle, et je m'étais toujours demandé ce qu'elle racontait.
C'set vrai que dans certains pays et peuples les traditions et leur poids doivent être durs à supporter, et j'admire le courage de toutes les femmes qui osent parfois s'élever contre ce carcan de coercitions avilissantes.
J'admire le combat de "ni putes, ni soumises'; et je suis de tout coeur avec elles.
J'aimerais que nombre de filles comprennent que certaines traditions vestimentaires ne sont pas la solution, qu'elles sont plutôt l'aliénation, et que la morale n'a RIEN A VOIR là-dedans ! Si on est intègre, si on a la rectitude morale, la dignité ne réside pas dans un morceau de tissu, mais dans le pouvoir de dire "non", de choisir son chemin, envers et contre tous, parfois au risque de se mettre le monde à dos, mais au moins, on ne se renie pas, et, au contraire, on gagne le respect des autres.
Amicalement,
Tinky, qui trouve que certaines traditions devraient passer au pilon. Les tabous n'existent que pour être brisés et contournés, bon sang ! Du moment qu'on ne tue pas, qu'on ne vole pas, qu'on ne ment pas et qu'on ne médit pas, on devrait refusesr le poids des traditions !

Bab a dit…

Pour les traditions aliénantes, je suis d'accord, ô combien ! La morale est quelque chose qui est lié à la fois à l'endroit où l'on vit et à l'époque.
Tout à fait d'accord avec toi du moment qu'on ne vole pas, tue pas, ne médit pas, il n'y a aucune raison d'empêcher les gens de vivre selon leur choix. Vive la liberté !